Camille Fabre, le refus des chimères imposées

Publié le par editionsdechamptin

Camille Fabre, le refus des chimères imposées.

 Par Damien Harnay

 

J’ai une sympathie toute profonde, empreinte d’un éloquent respect, pour le cheminement et la destinée de Camille Fabre : c’est à lire son témoignage que j’ai pu entrevoir l’époque où il vécut, avec ses yeux, son cœur, ses tripes, guidé par sa lucidité parfois naïve, souvent pénétrante, toujours digne d’un juste. Il est de ces hommes qui traversent une époque avec intégrité et modestie, étranger aux valeurs corrompues y faisant lois.

Camille nous relate surtout comment nous sommes piégés dans notre socio-culture, car l’ami Loufabro, c’est d’abord et avant tout une sensibilité… Camille, c’est une résonnance, c’est un cœur vibrant face aux injustices et à l’absurdité de la société capitaliste de la IIIème République dans laquelle il évolue… Camille, c’est un regard acerbe, une indéfectible aperception sur son temps, notamment sur les hommes qui le font. Nous naissons tous conditionnés par notre époque, lourds des injustices qui tissent notre environnement et notre destin ; Camille est le révélateur de ce tissu-là, de ce réseau d’injustices et des égoïsmes malveillants qui les tissent.

Camille est constamment en route, chercheur exalté. Dans la première période du livre, il passe du noviciat au salariat, puis par l’armée, par l’engagement anarchiste, par la reprise individuelle et la prison, sans oublier la chine, les affaires qui se succèdent, et cette merveilleuse tentative de vivre en autonomie en cultivant son jardin. Camille est inlassablement en mouvement car sans cesse aux aguets, à l’affut, sa situation financière intenable l’obligeant à se mettre toujours sur les chemins, à toujours chercher solution à sa condition ; il est aussi à l’affut de toujours plus de compréhension quant à la société qui l’environne et le conditionne, quant aux rapports de force dans lesquels il se débat. C’est un assoiffé d’actions, de solutions, pour survivre, pour agir, contre l’intenable. Après la guerre et avec l’âge, la pauvreté le guettera encore, le besoin de sédentarité se fera très souvent sentir : il lui faudra sans cesse s’adapter, il en aura la force, ne lâchant jamais rien, malgré la fatigue.

Cette aventure forcée s’accompagne d’un véritable parcours intellectuel et politique, d’un mouvement intérieur : du mysticisme à l’anarchisme, puis du communisme au socialisme, il est de tous les mouvements car a germé en lui le mouvement-même, y enracinant une réflexion continue, intarissable. C’est bien un homme de son temps, fort sensible aux fébrilités de son époque, aux murmures et autres bruissements politiques et sociaux. En véritable anarchiste, il reste à l’écoute du changement et de la nouveauté.

Camille est surtout le témoin d’une société malade, celle de l’avant-guerre puis de l’entre-deux guerres, société se désintégrant, car les hommes qui la peuplent, n’ayant aucune intégrité, dépérissent de haines en lâchetés et autres contradictions. C’est de l’inhumanité de ses contemporains qu’il est le chantre et le médecin, auscultant toutes les bassesses et petitesses des hommes qui se retrouvent sur son chemin, bourgeois abscons et absents à eux-mêmes, militaires fourbes grotesquement intriqués dans leurs veules hiérarchies, fonctionnaires sans âme de la machine étatique. Il témoigne enfin pour lui-même, faisant montre d’une éthique parfaite à maintes occasions, admiré par les plus démunis, ami des faibles et des délaissés d’une société moribonde, défenseur du peuple bafoué et usé par les vilenies de l’état et du capital, de leurs sbires et de cette terrible bourgeoisie parasitaire.

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