Alep, interview de Christian Varin, par N-N Rimlinger

Publié le par editionsdechamptin

Alep, interview de Christian Varin, par N-N Rimlinger

Alep : et si la révolution

 

Interview de Christian Varin, par N-N Rimlinger

 

La solitude d’Alep a rythmé les journées de décembre. Me rendant à des rassemblements, je l’ai constatée sans la comprendre. Parisienne impuissante isolée dans une petite foule de Turcs et de Syriens, je me suis demandé qui étaient les rebelles. Face aux contradictions des discours médiatiques foisonnant sur internet, je me suis tournée vers les gens. Je remercie Christian Varin, du mouvement de solidarité avec l’insurrection syrienne, d’avoir répondu à mes questions. Nous, Français, nantis d’un passé révolutionnaire, ne pouvons-nous pas nous imaginer qu’un peuple veuille survivre à sa révolution ?

- Alors, qui es-tu ?

- Je suis membre du NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste), un des animateurs de sa commission internationale, en particulier sur le Maghreb et le Moyen-Orient.

Depuis le début des révolutions de la région arabophone, à commencer par celles en Tunisie et en Egypte, nous essayons d’être en lien étroit avec les militants, les révoltés de ces pays, les associations de Défense des droits humains, de défense des Travailleurs, des femmes. Et je représente le NPA dans un collectif « Avec la révolution syrienne »* qui est un des collectifs de solidarité avec le peuple syrien insurgé et contre toutes les interventions étrangères.

La solidarité avec le peuple syrien, elle existe depuis 2011, dans le monde et en France. Il y a eu de nombreuses manifestations, rassemblements, réunions publiques, actions de solidarité comme les « Vague Blanche », à l’initiatives de collectifs syriens en France, et de structures comme à Paris le Collectif de Solidarité avec le Peuple Syrien et maintenant le collectif « Pour une Syrie Libre et Démocratique (PSLD) », animés à la fois par des Syriens, et des militants français de la solidarité ; et on travaille beaucoup avec un regroupement de Syriens démocrates, Souria Houria, qui mêle à la fois le côté culturel, solidarité humanitaire, organise des débats de fond un dimanche par mois sur chaque aspect de la question syrienne et où il y a beaucoup de monde. Tout au long de ces années des manifestations ont pu rassembler jusqu’à 1500 personnes. Elles comptaient souvent 80% de Syriens. Récemment, il y a eu pendant la Nuit Debout en mai dernier, une grande manifestation, très émouvante, avec les photos, les noms, les professions des Syriens disparus, et on pouvait voir que les insurgés, c’était des médecins, des boulangers, des ouvriers, un peu tout le monde. Il y avait 1000 personnes mais avant tout des Syriens. Les Syriens désespèrent de l’incompréhension et de la faible solidarité de sociétés civiles européennes.

- Quand tu parles du peuple syrien, tu parles de qui ?

De ceux qui se retrouvent dans cette mouvance très variée considérant qu’il y a une révolution syrienne. Il y a eu un soulèvement de masse pour la liberté, l’emploi et la dignité du même type que celle du peuple tunisien et du peuple égyptien, qui a mobilisé un peuple entier qui ne supportait plus son dictateur. Comme au Yémen, en Libye, au Bahrein, (et il y a eu des grands mouvements du Maroc à la Jordanie, et les années suivantes jusqu’au Soudan, en Irak, même en Arabie Saoudite…).

Le dictateur syrien a gardé une petite base sociale, et des gens qui avaient peur de l’inconnu. La base sociale de Bachar El-Assad est toute petite, lui-même est issu d’un clan minoritaire à l’intérieur d’une religion minoritaire qu’il a dominé par la terreur totale, il a refusé toute ouverture au moment où les gens ont dit vouloir du changement. Il faut savoir que quand il a succédé à son père, en 2000,  s’est produit « le Printemps de Damas », basé sur l’idée que le fils allait faire une ouverture. Mais ça s’est refermé complètement et surtout, quand Ben Ali et Moubarak ensuite, ont été virés,  les autres dirigeants de la région se sont dit « plus jamais ça, aucun d’entre nous ne partira, on préfère éliminer notre peuple, raser notre pays ». Assad l’a dit, comme l’avait dit Kadhafi, comme l’avait dit le dictateur Yéménite. Il était donc décidé à éliminer toute opposition.

Il faut savoir qu’en Syrie, comme dans d’autres pays, le néolibéralisme est arrivé, donc, il y a eut une montée galopante de la corruption encore plus forte qu’avant et une spoliation des terres, un appauvrissement dans les campagnes. Au début, les slogans, c’était « la liberté », « l’emploi », et c’est devenu « Le peuple veut la chute du régime » quand le régime a répondu par la répression la plus atroce. Il y avait des coordinations locales qui organisaient les manifestations, avec toutes les communautés du pays représentées. Les manifs partaient des mosquées parce que c’était les espaces où un minimum de liberté restait. Que ce soit les Chrétiens, les marxistes, tout le monde se retrouvait pour le départ des manifestations du vendredi, là, mais ils se faisaient tirer dans le tas ; donc ils se sont structurés pour organiser des manifestations à thème, aider les familles des gens qui étaient embarqués, torturés, recueillir les déserteurs de l’armée qui ne supportaient pas le rôle qu’on leur faisait jouer, et peu à peu, ils ont essayé de libérer des zones, afin de pouvoir manifester sans se faire tirer dessus. Ils se sont auto-organisés avec des comités locaux, des coordinations pluralistes, etc…

Le premier moment de bifurcation s’est produit au bout de neuf à dix mois de manifestations pacifiques, quand il y avait de plus en plus de déserteurs de l’armée, et que les gens ont commencé à se dire « on ne peut plus se laisser massacrer dans les campagnes ou les villes ». Et cela a donné ce qui s’est appelé une « militarisation progressive de la révolution », avec en particulier l’Armée Syrienne Libre qui est plutôt une coordination élémentaire de brigades locales. Ils n’ont eu aucune aide réelle des forces qui se disent « démocratiques ». Les pays occidentaux ont dit être avec le peuple qui revendique la liberté, et si Bachar, ne leur plaît pas, ils ont laissé Bachar El-Assad massacrer autant qu’il le pouvait, et quand les insurgés ont demandé des armes, en particulier anti-aériennes pour résister - assez rapidement le régime à bombardé du ciel les manifestations ou les zones libérées : personne n’a répondu. Les seuls qui leur ont donné un peu d’armes - c’était intéressé évidemment – ce sont les monarchies du Golfe, et un peu la Turquie. La plupart des armes, les gens les récupéraient sur place. Par contre le régime a eu une aide massive en 2013, de l’Iran et du Hezbollah libanais, puis la Russie l’a soutenu à bout de bras, financièrement, militairement et en hommes, vu que les armées Bachar El-Assad se débandaient. Le régime a tout fait pour confessionnaliser le conflit, mais du coup, il n’y avait que la minorité Alaouite qui se trouvait mise en avant par Assad qui est issu de cette minorité, alors la partie sunnite de l’armée ne marchait plus du tout, et même chez les Alaouites, une partie faisait partie de l’opposition et les autres se disaient qu’ils allaient se faire massacrer jusqu’aux derniers s’ils étaient mis sur cette pente dangereuse.

 

* Ce collectif rassemble le CEDETIM, Émancipation (tendance intersyndicale), Ensemble, le NPA, le syndicat Solidaires, Alternative Libertaire et l'UJFP, et des militantes syriennes.

Autre point de basculement, l’arrivée d’Al-Qaïda, et surtout de Daesh. Une branche d’Al-Qaïda avait un aspect syrien et qui remisait son agenda islamiste, et jouait un peu le jeu de l’opposition, au début ; et Daesh, la branche iraquienne qui, eux, se comportaient en occupants, c’est-à-dire que, très peu syriens, ils ne se sont pas battu contre le régime mais ont été dans les zones libérées par l’opposition pour les leur reprendre. Raqqa, c’est ça. L’armée syrienne libre était en fait un conglomérat de milices, de déserteurs, de paysans, et dans ces zones libérées, Daesh a repris le pouvoir et s’est consolidé, haï par la population syrienne. Ce qui faisait beaucoup de monde contre cette dernière : le régime, les alliés du régime, les islamistes (les pires) et puis une soi-disant aide occidentale qui ne faisait que diviser l’opposition.

- Cette aide occidentale, elle a été de quelle nature ?

- Une poudre aux yeux. D’abord, au niveau humanitaire, presque tout passe par l’ONU, et l’ONU, très encadrée, doit passer par les organisations nationales. Le problème étant que les organisations nationales sont contrôlées par le régime. La femme du président contrôle la plupart des ONG (entre guillemets). Donc l’essentiel de l’aide humanitaire ne va que dans les zones contrôlées par le régime, à ses conditions du régime, vers ses amis ; et rien n’arrive dans les zones non contrôlées qui à un moment donné représentaient la majorité du pays. Les millions de déplacés se sont retrouvés dans des camps, en Jordanie, en Turquie, sans quasiment aucune aide internationale et avec une aide minimum des régimes locaux – qui par ailleurs ne sont pas forcément les plus riches. On arrive donc en 2016, pour 23 millions de syriens, à 10 millions de déplacés, 5 millions à l’extérieur – soit la moitié de la population –  et 500 000 morts probablement (400 000 officiels mais des dizaines de milliers ont disparu, probablement morts sous la torture ou de faim).

- Mais lorsqu’on parle des capitaux énormes qu’auraient envoyés les puissances occidentales, notamment les américains, les armes, les mercenaires…

- Ça c’est de la désinformation. Ça se verrait ! Le problème c’est qu’il y a une guerre de l’information.

- J’aimerais bien qu’on en parle.

- Comme il y a eut l’offensive néoconservatrice avec George Bush qui avait menti éhonté ment sur l’Irak avec des résultats catastrophiques, ça donne du relief à la propagande du régime comme à la propagande russe. Une partie de la gauche tombe dans ce travers qui consiste à se dire que puisque les américains sont d’un côté, toute information qui arrive « de ce côté » est mensonge. Mais c’est facile à contrôler. Il suffit de discuter avec la gauche syrienne, avec les ONG, avec Médecins sans frontières, Médecins du monde. Si l’opposition syrienne avait des armes, manifestement, cela se verrait ; mais elle n’arrive pas à dégommer des avions, des hélicoptères alors que ceux-ci arrivent au-dessus des villes. Depuis deux ou trois ans, à Alep, les américains donnaient des lances roquettes, au compte goutte : suffisamment pour qu’ils ne se fassent pas écrabouiller, mais pas assez pour qu’ils puissent prendre l’offensive. Les insurgés syriens, quand ils achetaient des armes, n’arrivaient pas – selon leur dire – à les amener sur place à cause du blocus. Bien sûr on peut dire que ce n’est pas forcément par les armes qu’ils pouvaient se libérer, mais dès qu’il y a des trêves, le peuple redescend dans la rue en disant : « On veut la chute du régime. »

 Ceux qui en pratique ont eu le plus d’aide occidentale, c’est les Kurdes du PYD dans leur lutte contre Daesh. Contradictoirement, ceux qui sont considérés depuis longtemps comme des terroristes par les Etats-Unis et l’Union Européenne, parce qu’ils sont liés au PKK. Malheureusement pour ces Kurdes qui ont cru tirer leur épingle du jeu, après l’opposition syrienne, c’est eux qui vont prendre parce qu’aucun pouvoir ne veut d’une entité Kurde dirigée par le PKK, à commencer par les Turcs. Nous, nous sommes pour le droit à l’autodétermination du peuple kurde, et nous regrettons beaucoup que

Globalement, Obama voulait faire le moins possible parce que justement on était plus dans la période Bush. Sous Obama régnait la hantise d’une nouvelle défaite comme en Afghanistan et en Irak. C’était donc le désengagement. Même la ligne rouge minimale sur les armements chimiques n’a pas eu d’effet majeur : quand le régime en a utilisé, le gouvernement US a plié. Le France a essayé de se donner le beau rôle… mais ce dont on est sûr, c’est que la France n’a en rien aidé. La méthode qu’elle proposait – comme les États-Unis – c’était de se substituer au peuple syrien. C’est-à-dire, eux, d’aller bombarder. Ce qui après le scandale de l’Irak et du point de vue de l’ancienne puissance coloniale qu’est la France, qui a bombardé Damas en 1925 et 1945, était contre-productif. C’est le meilleur moyen de donner des arguments au gouvernement ou aux Islamistes. Ce n’est pas ce que demandaient la plupart des Syriens : eux demandaient qu’on leur donne des armes, pour pouvoir se défendre eux-mêmes, et éventuellement qu’on fasse une zone d’exclusion aérienne…

La priorité pour les régimes occidentaux, maintenant, c’est Daesh… Ils disent que si Bachar reste, ce n’est pas bien, mais c’est secondaire. Sauf que laisser Bachar en place, c’est donner dix mille arguments aux Islamistes. 90% des morts, proviennent du régime syrien et si les Islamistes ont fait des horreurs médiatisées – puisque c’est comme ça qu’ils marchent –, ce n’est pas en proportion des exactions du régime. Ce qui pousse les gens désespérés dans les bras de Daesh – ou de son successeur.

- Mais d’où provient Daesh, d’une manipulation internationale ?

- Non. La connerie monumentale, c’est de dire que Daesh serait manipulé par les États-Unis. Ils ont été tactiquement tolérés, voire aidés par le régime turc ; le régime saoudien par exemple, en a une peur bleue, parce que des attentats ont eu lieu en Arabie saoudite. Après, dans l’espèce de ploutocratie qui règne dans ces pays là, il y a des milliardaires qui peuvent donner de l’argent. Mais Daesh est essentiellement le produit de la décomposition du régime irakien, la faute en revient donc aux Américains et à Saddam Hussein. C’est une partie de voyous, ou de gens qui se sont convertis à l’islamiste dans les prisons, ou encore des gens du service sécurité de Saddam Hussein – ce qui d’ailleurs explique leurs méthodes… Effectivement, ils ont été instrumentalisés au départ par Assad, qui a vidé les prisons des djihadistes pour y mettre des démocrates. Ce serait aussi une connerie de dire que c’est lui qui tire les ficelles. Personne ne tire aujourd’hui les ficelles de Daesh. Le monstre a échappé à tous ses créateurs. Je continue de voir des gens de gauche qui incriminent les Américains. Mais quel intérêt auraient les Américains ? Ou l’Union Européenne ? Ils ont une coresponsabilité par leur comportement qui provoque ce genre de monstre, mais ce n’est pas eux qui tirent les ficelles.

- Tu ne penses pas qu’ils aient été un alibi pour frapper le peuple syrien ?

- Pour le régime, oui. Le régime dit : « C’est tous des terroristes, la preuve. » Mais le régime a lâché Palmyre et n’a pas attaqué Raqqa. C’est vraiment des régimes qui laissent massacrer leurs pauvres soldats, pour prouver la dangerosité du terrorisme et que eux sont indispensables. Mais ils attaquent les démocrates quand il s’agit de comités populaires ou les miliciens. Les miliciens, ne sont pas forcément des démocrates. C’est des bandes armées, peu coordonnées, comptant 10 000 obédiences, très religieux, très pieux – encore faut-il dire que la religion permet de tenir dans des conditions de massacres, et de se dire qu’on ne meurt pas pour rien. Il y a par ailleurs des gens extraordinaires, des paysans et précaires, des intellectuels, des étudiants, des petites gens qui résistent et luttent contre la dictature d’État comme contre l’obscurantisme.

- Quand une intellectuelle libanaise, Dominique Eddé, écrit que « la liberté dans notre monde est morte ». Daesh est un monstre, le silence aussi, et que l’ennemi d’en face est comme nous, qu’en penses-tu ?*

- Mais le régime ne veut rien céder. Tout repose sur la famille, le clan rapproché des Assad. Ils ont vu ce qui est arrivé à Ben Ali, et ils ne veulent pas de ça. Penser par ailleurs que les Russes auraient une vision plus progressiste que les États-Unis, après la Tchétchénie…

- Et les ventes d’armes, en sais-tu quelque chose ?

Il y a bien sûr des ventes d’armes au régime. Mais la question est plutôt indirecte. Pour Poutine, c’est un moyen de consolider sa puissance impériale et ses bases militaires, et de démontrer que leurs armes sont bonnes, pour d’autres marchés. Pour la France, c’est le Yémen qui le démontre. Parce que pendant ces événements en Syrie, des massacres, par l’armée saoudienne avec des armes françaises, se déroulent au Yémen. Quelque soit le théâtre d’opération, c’est évidemment pour le fabricant d’armes, un moyen de montrer son efficacité. Et il cherche toujours des clients. Pour la Syrie, les occidentaux ne sont pas intervenus à ce titre. Le terrain appartient à la démonstration des Russes.

Il y eu peu de « bougers » sur le plan  militaire, pendant longtemps. Le bouger, s’est produit avec le tapis de bombes. Sinon, que ce soit les insurgés ou le régime, ils avançaient de quelques kilomètres et reculaient. Et le régime parvient peu à le contrôler quand il reprend du terrain.

Ce qu’il a fait, c’est de raser les villes. Ils ont vidé Homs de sa population, autour de Damas, des banlieues entières, le quartier palestinien de Yarmouk,  Derayya, etc…Leur manière de contrôler le territoire, c’est de faire fuir la population. Avec Alep, le tapis de bombes avec l’aide des Russes a changé les choses. Il ne reste qu’une petite zone dite « libérée » qu’ils ont fait exprès de garder en dernier, contrôlée militairement par des djihadistes, pas Al-Qaïda, mais d’autres comme Al-Nosra, qui ont une relation très conflictuelle avec la population qui, elle, continue à manifester et à s’opposer à la manière de gérer des militaires… Les forces militaires s’occupent peu de la gestion de civils dans les zones insurgées, il y a plein de milices qui se disent de l’armée libre syrienne ou pas, mais même les islamistes rencontrent l’opposition de la population. Par contre il y a des organisations pluralistes qui, elle, organisent la vie civile, la distribution, etc.

- Que penses-tu de l’avis des politiques français, je pense à Mélenchon pour avoir eu quelques échanges avec des personnes qui s’en sentent proches, et qui me disaient : « Alep, après tout, ce n’est qu’un quartier »… et qui minimisent les faits, disant que les enfants meurent ailleurs…

- Il y a d’abord les grandes forces politiques, la droite et la gauche de gouvernement. Eux font de la « géostratégie ». Essentiellement, ils ne veulent pas d’immigrés, et que les affaires des entreprises françaises à l’étranger marchent. Ils veulent que les Syriens soient coincés en Turquie et viennent le moins possible ici. Même le gouvernement français qui dit avoir accueilli plein de Syriens, c’est du pipo. 10 000 quand les Suédois en ont accueilli 200 000 et les Allemands 1 000 000. Il y a une intoxication de la part du gouvernement français ; et puis, il y a une partie de la droite, de l’extrême droite, le FN, qui sont fascinés par Poutine et qui sont pro Bachar El-Assad. Ils ont d’ailleurs fait des délégations, mais c’est pas nouveau. Une partie des gaullistes traditionnels sont amis avec les dictateurs des régions arabes. Pour faire des affaires, et parce que ces gens là – le peuple – ne sont pas mûrs pour la démocratie, et que donc l’important, c’est la stabilité. Voilà pour les forces traditionnelles. Nous, on a été confrontés à ça. Au début, dans les collectifs, on avait réussi à avoir le PC et le PG (Parti de Gauche et le Parti Communiste). Ils reconnaissaient l’insurrection du peuple syrien. Quand ça s’est militarisé, et que les États-Unis ont dit qu’ils soutenaient l’opposition, ils ont pris ça pour argent comptant, avec une paresse intellectuelle faisant du passé un présent, avec la Russie progressiste et les USA aidant les pourris. Ils ont en donc conclu une manipulation. Avec la militarisation, disent-ils, la révolution syrienne est morte, il n’y a plus que les islamistes qui se battent… En particulier, quand il y a eu des attaques chimiques, ils ont eu le réflexe de dire : « C’est un mensonge comme en Irak, non à l’intervention américaine. » Nous qui sommes très à gauche, avons dit que nous étions contre les interventions directes impérialistes quelles qu’elles soient. Le peuple syrien continue de se battre et nous sommes avec. C’est pour ça qu’on a fondé avec d’autres ce collectif ARS qui a apporté une vision plus à gauche mais dans la solidarité. Mélenchon ? C’est une catastrophe ! Il s’enferre dans son truc : sa fascination devant Poutine, l’identification de celui-ci avec le peuple russe alors que c’est son oppresseur ! Dire qu’après tout les habitants d’Alep, c’est eux qui ont fait Charlie Hebdo : c’est dégueulasse. Même s’il a rétropédalé, il a avancé ce genre de choses ! Puis il y a cette idée que je trouve limite raciste, de sous estimer la volonté démocratique des peuples arabes, et de ne pas vouloir discuter avec les syriens qui manifestent, de vouloir réduire le peuple aux milices armées et celles-ci à leurs brigades les plus djihadistes.

La réalité d’Alep, c’est une insurrection qui avait réussi à libérer du régime comme de Daesh une partie de la ville avec un demi-million d’habitants, et qui a subi un long siège, des bombardements sauvages ciblant toutes les infrastructures et les populations civiles au nom de la « lutte contre le terrorisme », et une offensive du régime et de ses alliés pour vider ces quartiers, avec des crimes de guerre constituant ensemble un crime contre l’humanité, sans un mouvement de solidarité internationale à la hauteur des enjeux. Même si globalement, la solidarité internationale est actuellement en crise, nous continuons de penser que cette solidarité avec le peuple syrien et l’ensemble des peuples du Moyen-Orient qui défendent leurs droits à la fois contre les régimes dictatoriaux, le néocolonialisme et l’obscurantisme djihadiste, est nécessaire et essentielle pour l’avenir commun des peuples.

* L'Obs publié le 24 décembre 2016 à 15h55 ​​​​​​​

 

 

Cet interview  réalisé début janvier 2017, était destiné à un organe de presse, qui s'est finalement désisté. Son but étant d'informer toute personne, qui comme moi, veut dépasser son ignorance, je le publie ici.

Alep, interview de Christian Varin, par N-N Rimlinger

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